N°73 du 04/01/09



TANNHÄUSER CRUCIFIE - Hanns Heinz Ewers - Sillage - 9,50 € - 125 pages


LIVRES

Par Stéphane Esserbé

Qui est Hanns Heinz Ewers ? Les lecteurs français le savent-ils ? Connu comme un écrivain du fantastique et de l’épouvante et considéré trop vite et trop souvent comme un chantre du nazisme, c’est en tout cas un auteur dont les textes qui suivent ne manquent pas d’humour…

 

Le site critique : Tannhäuser crucifiéL’humour, le grotesque et l’absurde se côtoient en effet dans les huit textes ici colligés, tous extraits par ailleurs de deux recueils du début du XXe siècle. On y croise en effet des personnages aussi étranges qu’un homme dont la passion est de tailler des crayons, un autre qui mort, participe aux manifestations qu’il organise pour ses propres funérailles, ou encore un autre qui veut que les femmes cessent d’accoucher pour se mettre à pondre des œufs.


La dérision est également au rendez-vous puisque bien souvent ces personnages excentriques qui tiennent des raisonnements absurdes le font pour mieux tourner en ridicule des représentants de l’ordre, de l’autorité ou de nobles institutions comme le mariage ou la famille. Le style est alerte, rythmé, et compose un volume agréable.
Les textes, assez courts, s’enchaînent rapidement et le tout est cohérent. Certaines phrases font mouche : « Dans cette vieille caisse à œufs, se trouvait, bien entendu mon cadavre, mais je n’avais pas fait clouer le couvercle, car je voulais à tout pris être un beau cadavre… » Et si deux ou trois pièces du recueil se distinguent des autres, le reste n’en est pas moins de qualité.


Une longue présentation de l’auteur par Evanghélia Stead, co-traductrice de l’ouvrage, ouvre le livre ainsi que des repères chronologiques et bibliographiques. Ce qui aide à aborder ce « Tannhaüser crucifié et autres grotesques » avec une plus grande connaissance du parcours de l’auteur. La nouvelle titre, curieusement placée en fin de volume, est aussi la plus courte et l’une des moins remarquables.

 

 

 



HUMEUR

BONNE ANNEE

La chronique d'Hector Plasma

Bonne année. Oui. Nous le disons. Car nous voyons en l’année qui se profile beaucoup de motifs pour espérer...

 

Le site critique : Bonne annéeTant de choses se sont produites l’année passée ! Allez. Nous n’allons pas être pessimistes. Le capitalisme est moribond. Les hommes se posent des questions. Il était temps ! 2009 sera-t-elle l’année de la raison ? Certes, nous n’avons pas changé de président. Les journaux mentent toujours autant et le gouvernement complote. Mais le monde bouge. Et il est grand. L’espoir nous viendra peut-être d’ailleurs ! Imaginez ! Nous n’aurons pas cette année de grandes compétitions de football (ouf !). Nous n’aurons pas non plus de Jeux Olympiques impossibles à-ne-pas-suivre-car-c’est-très-important. Pas plus que de Coupe du Monde de Rugby sarkoziste. Nous n’avons plus d’argent pour consommer. Il ne nous reste qu’à réfléchir. Les banques font faillite. Il fait froid (bonjour le réchauffement). Certains agissent déjà. N’est-il pas temps ? Bonne année oui. Bonne année. Vive le changement !

 

 


PROSE

LES CHAUSSURES NOIRES

Par Jean-René Godule

Jean-René a de belles chaussures...

 

Le site critique : les chaussures noiresNous avons tous des chaussures noires. Nous tapons sur le sol avec. Nos pas résonnent. Dans les couloirs, un écho infini. C’est ce bruit qui me parle. Le matin. En partant. La foule. Bigarrée. Hétéroclite. J’entends. Et cela m’interpelle. Ce bruit est comme l’humanité. Nous sommes là, nombreux. Les uns juste à côté des autres. Nous ne nous connaissons pas et pourtant sommes semblables. Des milliers. Des millions. Combien, dans le métro tous les matins ? Les visages sont fermés. Et les voix inaudibles. Mais le bruit des chaussures… Il claque. C’est une plainte, qui sans cesse nous revient. Je me sens à cet instant là humain. Je suis avec les hommes. Le bruit résonne. J’en éprouve des frissons. Je sais alors ce qu’est un homme. Et je trouve cela beau. C’est un moment fugace. Une impression. Ce n’est rien et pourtant… C’est là la seule minute qui compte. J’ai tant à dire… Il y a tant à faire… Et si tous s’arrêtaient. Si d’un seul coup le bruit cessait… Le monde en serait différent. Dans le silence, les langues se dénoueraient. Imaginez… A pas feutrés nous glisserions. Les choses seraient plus douces. Et les hommes bien plus simples. Plus de douleurs. Et plus de heurts. Je l’imagine lorsque je vois les chaussures noires. Suis-je donc le seul ?

 



CITATION

La citation de la semaine

 

"Seule la pauvreté peut délier l'individu, seule elle peut faire de lui un homme libre."

 

Jean Grenier - Sous l'Occupation

 

 



A la prochaine !



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