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LONDRES

La chronique d'Hector Plasma
C’est le mois de juillet. L’été est là. Et revoilà le Tour de France. Le tour de quoi ? Cette course cycliste qui chaque année est sensée faire le tour de l’hexagone et cette année partait de Londres ?
Oui
oui. L’une des plus grandes compétitions sportives qui soit. Une vitrine
pour la France. Un truc qu’on nous volera jamais. Pas comme le cinéma, les droits de l’homme
ou même l’intelligence. Non non, quelque chose d’immuable. Un peu comme
le pinard ou bien le camembert. Quelque chose bien à nous. Avec une
AOC et tout. Un événement mondial. Ah ! Les forçats de la route. Tous
les ans la même chose. Des heures, des heures à la télé. Des vélos
des voitures. De l’asphalte. De l’argent. Mais le sport ? Et oui le sport ? Est-il encore de la partie ? Vous trouvez pas en effet qu’il
y a un truc bizarre ? On sait bien qu’aujourd’hui on va très vite.
On sait qu’il y a l’avion. Mais quand même : La Manche est toujours
là. Napoléon, Hitler étaient-ils donc si bêtes qu’ils ignoraient que Londres était en France
! Ah mais vous nous direz, c’est pour ça qu’ils ont pas réussi ! Ils
n’avaient pas bien regardé les cartes et savaient pas que Londres était
en France. Guillaume lui devait le savoir. On nous prend pour des ânes.
On n’a rien contre les anglais mais tout de même… Cette année, Londres
est en France. L’Alsace est sans doute redevenue Allemande, et la Bretagne
indépendante. Voilà. On est trop bête. On sait plus la géographie.
Londres est en France. Et Strasbourg en Allemagne. Sacré business tout
de même. Non seulement on voudrait nous faire gober que tous les types
qu’on voit à la télé sont des champions et que de temps en temps l’un
d’entre eux triche mais qu’on fond c’est pas grave, mais qu’en plus,
tout ça c’est pour le sport. C’est que, il faut donner des sous pour
voir le Tour de France passer chez soi. Ca fait de la publicité. Ca fait vivre des gens. La société du Tour de France, dont
le patron était il y a peu un journaliste (tiens tiens), s’y entend
bien. C’est pas grave si les coureurs se droguent. Il nous faut du
spectacle. C’est notre drogue à nous. Et d’ailleurs, il l’a bien dit
notre nouveau président : un mois de juillet sans Tour de France, ce
n’est pas un mois de juillet. Déjà qu’il fait pas beau ! Et puis, c’est
bon pour l’image de la France. Mais la France aujourd’hui, c’est quoi
? Un troupeau de débiles qui regarde une bande de drogués tourner en
rond en se disant que c’est tout bon pour son prestige ? Un ramassis
d’idiots qui continue à prendre des vessies pour des lanternes ? Ou
bien un troupeau de moutons ? Si vous avez une réponse…
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Joris-Karl Huysmans
PARIS - L'herne - 103 pages - 4,75 €
En 1901, après un séjour prolongé à Ligugé, Joris-Karl Huysmans est de retour à Paris où le nombre de commerces s’est accru au point de le choquer…
Dans
ce texte court resté inédit jusqu’en 1966, Huysmans, qui s’est déjà,
au moment de sa rédaction, tourné vers le catholicisme, se livre à
une violente diatribe littéraire portée à l’encontre du commerce moderne
alors en pleine expansion dans la capitale.
De très haute tenue, ce texte resté à l’état d’ébauche, truffé d’annotations
de l’auteur retranscrites par l’éditeur, se distingue par la violence de ses
propos. « La vieillesse sans prétention avait du bon, mais personne désormais
n’en veut ; l’antique, le loyal commerce qui ne jetait pas de la poudre aux
yeux est mort ; l’on peut presque dire que le charme de la tenancière est en
raison inverse de la qualité des objets qu’elle vend. »
Nul n’est dupe. En quelques pages, (32 pour être précis, de petit format et
de gros caractère), c’est la société bourgeoise triomphante du début de XXe
siècle que dénonce Huysmans. Le commerce, le Bon Marché, les magasins, ne sont
pas en effet du goût de l’auteur d’« A
rebours. » « Pour les gens déjà vieux qui vécurent dans un monde d’hommes d’esprit,
polis et gourmets, s’occupant d’arts et de livres, le Paris contemporain est
hideux. » Hideux, comme les réclames et les devantures, comme les appartements
des tenanciers de ce nouveau commerce, tous agencés pour recevoir le maximum
des fruits qui font l’objet dudit commerce ici haut désigné et dont sont bien
souvent absents livres et bibliothèques.
Sommes-nous réellement au début du XXe siècle ? Sommes-nous, aujourd’hui, tellement
loin de ce Paris que Huysmans déteste tant ? « Ces rues, tirées au cordeau,
où l’on ne flâne plus, où tout le monde court, en se garant d’une locomotion
qui vous écrase à coups de trompe… » sont-elles si éloignées des nôtres ? Malgré
leur brièveté et grâce à leur belle virulence, ces pages qu’on devrait laisser
à portée de toutes les mains, ont ce clin d’œil cruel : le monde, tel qu’il
est aujourd’hui, n’est pas née d’hier, et les nuisances d’aujourd’hui existaient
déjà alors. La remarquable plume de Huysmans, dans ce texte méconnu, est là
pour nous le rappeler. Tant et si bien que les deux textes joints à cette diatribe,
tous deux intitulés « En Hollande » et écrits à dix ans de distance, malgré
les mêmes qualités de style que le premier, se laissent totalement éclipser.
Stéphane Esserbé
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J'AI VECU par
Jean-René Godule
J’ai vécu tendrement. A regarder les choses. J’ai aimé le néant. Serein, j’étais
un éternel passant. S’arrêter ? Pourquoi faire ? J’arpentais les rues
longues. Et j’étais gai.
J’étais très étonné de ce que je voyais. Les sourires me touchaient. Les bruits
me transportaient. Le flot de la circulation… J’étais heureux. Innocent je souriais.
Je ne pensais jamais à mal. Pour moi les hommes s’aimaient. Ils étaient bons.
Ils n’avaient pas cette ambition. Au cours de mes promenades je les jaugeais.
Je m’attardais au bord des squares. Regardais les enfants. J’entendais leurs
sourires. J’étais heureux. En moi montait une douceur. C’était mon monde.
Le bercement des frondaisons, un bassin dans un parc… Les cris… Au loin était
le bruit. Au loin le ciel grondait. Au loin s’ourdissaient tous les crimes.
Je ne voulais pas voir les hommes. Ne voulais pas savoir où ils couraient. Je
demeurais au milieu des enfants. J’observais leur ballet. Du sol, me venaient
des frissons. Tremblais-je ? C’était le bruit du temps. L’avancée du progrès.
Ce furieux chant. Qu’imaginais-je ?
J’étais bien à ma place. Recevais tous les bruits. Je n’avais pas de tremblements.
Je résistais. Mon espoir était maigre. Mon avenir…
Je ne redoutais plus l’orage. J’étais un immortel. Le grondement que j’entendais
me laissait insouciant. J’étais heureux. Rien ne me peinait plus. Je suivais
les journées. Mourrais au crépuscule. Renaissais le matin. Joyeux je me levais.
J’étais loin. Les hommes qui me parlaient me semblaient étrangers. Leurs mots
m’étaient presque incongrus. Ils se perdaient.
Je n’aimais pas les mots. Je préférais les gestes. Un regard. Un moment d’abandon. Tandis que du lointain m’arrivait la rumeur. Ce bruit… J’écoutais. Les cris autour de moi me berçaient davantage. Je restais à ma place.
J’entendais bien le bruit des pas. J’étais stoïque. Mon bonheur était-il interdit ? De l’extérieur, me venaient des menaces. J’entendais le grand vent. Le sourire me restait. J’étais ivre. Mon existence elle-même était une question. Pourtant je demeurais.
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La citation de la semaine
"... je me disais : en face de l'essentiel, tout me sera aussi indifférent que les matières étudiées au lycée, il s'agit donc de se trouver la profession qui, sans blesser par trop mon amour-propre, autorisera le mieux mon indifférence."
Franz Kafka - Lettre au père
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