N° 5 du 15/09/06

LA PEUR (ou la fièvre du vendredi soir)
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

Le site littéraire : La fièvre du vendredi soirCes derniers temps nous avons eu très peur. Il nous est arrivé incidemment d’allumer la télé. Le vendredi sur une chaîne bien connu nous avons vu une créature… étrange. Elle bougeait. S’agitait. Riait. Elle était effrayante. Elle parlait. Dégoulinait. Suintait. Cerné pas les lumières, Monsieur Loyal d’un show grotesque, il nous sembla abruptement qu’elle incarnait le ridicule de la planète. Nous eûmes honte. Etions-nous donc encore des hommes ? Qu’un tel effroi pût nous saisir eut sur nous plus d’effet qu’un 11 septembre. Nikos officiait en prime time. Nikos... « Ah oui, le type de la… celui qui fait mouiller les dames. Brr. Effectivement. Ca fait peur. Mais vous savez ça fait longtemps. Et on s’est habitué. On fait plus attention. Chaque vendredi c’est ça. On met toujours plus de lumière, un peu plus de paillettes, d’artistes sur le retour (avec Yannick Noah ça fait très bien et en plus il est noir), de gamins abusés, d’imbéciles qui regardent, et zou. Y faut bien vous savez. Ca génère du business. Ca fait péter le cash. Et les fines bouches on les emmerde. On a l’air con c’est vrai mais on fait du pognon. C’est ce qui compte, non ? Que des millions de crétins nous regardent on n’y peut rien. On est dans la logique. Et le nigaud, pardon, le Nikos, quand on l’aura usé, on en prendra un autre. C’est comme ça que ça marche ! »
C’est vrai, mais aussi dégoûtant. On fait tellement de choses pour les nuisances: désinfection, manifestation, association, procès… Qu’est-ce qu’on peut faire en l’occurrence ? Le risque est grand le vendredi zappant de tomber nez à nez avec ce yeti de l’écran. Et on a des enfants. Alors… lenonsens vous le dit : fermez les yeux ! Bouchez vous les oreilles ! Le nez ! Cessez de respirer ! Eteignez la télé ! On peut encore rêver !



 

 

Le site littéraire : livres

Léon Werth
CLAVEL CHEZ LES MAJORS - Viviane Hamy - 282 pages - 18 €

« Clavel chez les majors » est la suite de « Clavel Soldat. » On y retrouve Clavel, soldat volontaire pour le front en 1914 malgré sa haine de la guerre. Evacué suite à une blessure, il décrypte avec la même acuité l’autre monde né de la guerre : celui de l’arrière.



Le site littéraire : Léon WerthClavel n’a pas changé. En convalescence à l’arrière où il découvre avec le même effroi ce que la guerre a fait de la société civile, il comprend vite être à la merci du pouvoir des médecins militaires, les majors. Entré dans cette réalité qu’il apprend vite à détester autant que celle des tranchées, c’est avec la même indignation qu’il l’affronte et qu’il en rend compte.
L’arrière est impitoyable avec ses soldats. Un soldat blessé peut-être pris pour un simulateur qui ne veut pas retourner au front, de même qu’un autre qui ne veut pas aller à la messe peut-être dénoncé par une infirmière et renvoyé au feu prématurément. A l’arrière aussi le soldat n’est rien. Il ne peut pas raconter l’horreur vécue dans les tranchées car on feint de ne pas le croire. Il ne peut pas se laisser aller à des commentaires « défaitistes » car il peut aller en prison. Il ne peut qu’attendre la décision du médecin qui seul a le pouvoir de décider de le rendre à la société civile ou bien de le renvoyer au feu. C’est l’expérience que fait Clavel. Et le témoignage que livre Léon Werth. Une page d’histoire dont la réalité mérite d’être connue.
La guerre est une chose terrible : elle tue. Mais elle suscite aussi, loin des combats, des comportements odieux et révoltants dont les plus faibles et les plus démunis font les frais. Publié en 1919 en même temps que « Clavel Soldat », ce livre s’attache à dénoncer dans le moindre détail le processus par lequel une société civile peut s’accommoder du pire. Mensonges, hypocrisie et corruption, en temps de guerre bien plus qu’en temps de paix, sont les ressorts fondamentaux d’un monde qui malgré tout doit assurer sa pérennité. Tout continue en effet. Rien ne change. Au grand dam de Clavel, bêtise et égoïsme permettent aux uns de rester à leur place, tandis que d’autres courent au massacre.
Dans la même langue que « Clavel soldat » : un style haché et sans fioriture, ce livre est le récit du combat d’un homme qui a compris que la seule victoire possible pour lui était de demeurer lucide face au renoncement des hommes.
Fort de l’espoir qu’il trouve dans le réconfort d’une histoire d’amour, dans la rencontre d’un médecin au comportement humain, c’est ainsi que Clavel survit.



Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

SOUVENIRS                                                       par Jean René Godule

Le site littéraire : Souvenirs Il y a des souvenirs dans ce parc. Des parfums. Des odeurs de poussière. Cette poussière très sèche et blanche qui s’élevait dans nos sillages. Ces cris. Ces voix. Oui j’étais jeune. Et je pensais – sans vraiment y penser – le rester à jamais.
C’était notre oasis, notre coin d’aventure. Nous y venions souvent. Nous y jouions. Nous regardions les trains.
C’était le bruit de toute la ville concentré en un seul. C’était toute cette folie grisante du monde des hommes auquel nous étions tous promis. C’était le monde lui-même, notre avenir. Nous ne le savions pas. C’était trop beau. Tout paraissait trop simple. Il y avait une inquiétude dans ce tumulte. Pourquoi les hommes allaient si vite ? Et pourquoi les voitures grondaient ? Pourquoi les adultes étaient durs ? Pourquoi leur regard était trouble ? Nous nous jouions. Nous restions là. Nous regardions. C’était un beau spectacle. Et nous le retenions. Confusément nous comprenions que nous vivions de beaux moments. Etions-nous innocents ?
Je me souviens oui de beaux jours. Nous nous grisions, courions. Nous allions en tous sens. Peu importait alors ici où là qu’il y ait eu la guerre, les appels du passé. Nous étions fiers. Nos préoccupations étaient l’école, l’amour, les jeux.
De temps en temps, nous regardions encore les trains vaguement inquiets. Mais, toujours, l’ambiance du parc nous reprenait. Par moments, nous nous cachions, évitant le gardien. Le soir nous rentrions et nous dormions très bien.
Les jours couraient. Nous avions notre monde. Nous étions libres. Le parc nous protégeait.

Mais le temps a passé. Nous nous sommes séparés. Je suis parti. Je me suis éloigné. Des mois. De longues années. Autant d’hiver. J’ai vécu. Aimé. Je suis revenu là.
Ce fut comme un constat d’échec. J’ai mesuré alors ce que ma vie avait été : le souvenir du bruit des trains qui s’en allaient.


Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

"Je sens contre la bêtise de mon époque des flots de haine qui m'étouffent. Il me monte de la merde à la bouche [...] Mais je veux la garder, la figer, la durcir. J'en veux faire une pâte dont je barbouillerais le XIXe siècle..."

 

 

Gustave Flaubert, lettre à Louis Bouilhet, le dimanche 30 septembre 1855, 3 heures du matin...

 

 

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